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Le Figaro 4/1/2012

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Chirurgie de l'obésité : bonne pour le cœur et les artères

Par figaro icon Anne Prigent - le 04/01/2012
La pose d'un anneau ou d'un by-pass gastrique réduit la mortalité par infarctus ou par accident vasculaire cérébral.

 

La chirurgie de l'obésité ou chirurgie bariatrique avait déjà fait ses preuves contre l'hypertension artérielle et le diabète chez les personnes souffrant d'un très fort embonpoint. Une étude suédoise publiée mercredi dans le Journal of the American Medical Association (Jama) démontre que ce type d'intervention réduit fortement les décès par accidents cardio-vasculaires, qu'il s'agisse d'infarctus du myocarde ou d'accident vasculaire cérébral.

SOS Study est une vaste étude prospective, mise en place en Suède pour évaluer les trois techniques de chirurgie bariatrique (pose d'un anneau ou d'un by-pass gastrique, gastrectomie). «Dans un domaine où les essais chirurgicaux sont rares, il s'agit d'un travail de référence», souligne le professeur Arnaud Basdevant, responsable du Centre de recherche de médecine et de l'obésité de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Les auteurs ont comparé 2 010 patients opérés d'une chirurgie de l'obésité à 2 037 patients obèses ayant bénéficié de prises en charges hygiéno-diététiques, sur une durée de quinze ans. Résultat: sur cette période, les patients opérés sont sensiblement moins nombreux à mourir des suites d'un infarctus du myocarde ou d'un accident vasculaire cérébral. «Avec une diminution de poids de l'ordre de 15 à 20 % sur dix ans vous réduisez de 30 % les événements cardio-vasculaires. Vous faites aussi bien qu'avec une statine (médicament anticholestérol, NDLR) et, fait remarquable, chez des obèses, notamment des femmes, dont les risques cardio-vasculaires de départ ne sont pas très élevés», souligne le professeur Michel Krempf, chef du service Maladie métabolique et nutrition du CHU de Nantes. Autrement dit, il faut traiter 28 hommes et 83 femmes pour éviter un accident cardio-vasculaire.

28.000 Français opérés en 2010

La chirurgie de l'obésité n'est cependant pas destinée à tous les obèses. Elle s'adresse aux patients souffrant d'une obésité très forte, dite morbide, avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 40, voire un peu en dessous, à 35, en cas de pathologies associées (diabète, hypertension, apnée du sommeil…).

L'obésité pathologique frappe environ 1 % de la population générale mais concerne 2,5 % des habitants de Seine-Saint-Denis. Selon l'Organisation mondiale de la santé un IMC supérieur à 35 entraîne une augmentation du risque relatif de décès de 2,5! En 2010 près de 28 000 personnes ont été opérées en France.

Il existe trois techniques chirurgicales. La plus répandue consiste à poser un anneau gastrique afin de réduire le volume de l'estomac et de ralentir le passage des aliments. Le by-pass gastrique consiste à le court-circuiter: la nourriture accède directement à l'intestin grêle. Du coup, certains aliments, comme les graisses, sont mal absorbés, entraînant un amaigrissement. La troisième technique, appelée gastrectomie longitudinale, est de moins en moins utilisée. Elle consiste à retirer les quatre cinquièmes de l'estomac en vue de limiter le volume gastrique à 100 millilitres seulement.

Dans l'étude suédoise, toutes les techniques obtiennent les mêmes résultats. En outre, la baisse du nombre d'accidents et de la mortalité est la même quel que soit l'IMC de départ. Les auteurs ne constatent pas non plus de bénéfices supplémentaires pour les patients les plus gros (IMC compris entre 35 et 40). «En revanche, on observe plus de bénéfices chez les patients dont le taux d'insuline sanguin est élevé et qui sont donc insulinorésistants. Cela peut nous donner des pistes pour identifier les patients à traiter en priorité», constate le Pr Arnaud Badesvant. Selon lui, la question aujourd'hui est de savoir s'il y a un avantage à pratiquer la chirurgie bariatrique chez des patients dont l'IMC serait inférieur à 35.

L'enjeu est de taille quand on sait que 10 % de la population française a un IMC supérieur à 30. Jean-Marc Catheline, chirurgien de l'obésité au centre hospitalier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), reste prudent. «Nous n'allons pas remettre en cause un consensus international, estime-t-il. La question peut être soulevée pour les patients jeunes sans pathologie associée dont l'indice de masse corporelle se situe entre 35 et 40. Mais attention la chirurgie de l'obésité n'est pas dénuée d'effets secondaires postopératoires ou à long terme. Dans un tiers des cas les patients doivent à nouveau être opérés. Pour autant, c'est le seul traitement efficace de l'obésité pathologique. Et nous n'en avons pas d'autres pour les vingt ans à venir.»

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